Souveraineté 6 min de lecture

Cloud Act et CRM : ce que ça change vraiment pour vos données clients

Le Cloud Act permet aux autorités américaines d'accéder à vos données, même hébergées en Europe. Ce que ça implique pour votre CRM et comment y remédier.

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Thibaut — LaFlècheCRM

La plupart des dirigeants qui utilisent HubSpot, Salesforce ou Pipedrive ne savent pas qu’un texte de loi américain adopté en 2018 permet aux autorités américaines d’accéder à leurs données clients, sans passer par la justice française ni les en informer.

Ce texte s’appelle le Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act, le Cloud Act en abrégé. Il s’applique à toute entreprise américaine ou filiale d’une entreprise américaine, où que soient hébergées les données.

Ce que dit le Cloud Act, en clair

Le Cloud Act oblige les prestataires américains à transmettre aux autorités américaines toute donnée qu’ils stockent ou contrôlent, y compris si ces données sont physiquement situées en dehors des États-Unis.

En pratique : votre CRM HubSpot est hébergé en Irlande ? Peu importe. HubSpot Inc. est une entreprise américaine. Ses données sont soumises au Cloud Act.

Ce n’est pas une faille juridique exploitée en marge. C’est un droit légal que les autorités américaines (FBI, NSA, DOJ) peuvent exercer sans votre consentement, sans que vous en soyez informé, et sans décision de justice française.

Qui est concerné ?

Les grandes plateformes utilisées par les PME françaises sont presque toutes américaines :

  • HubSpot (Boston, Massachusetts)
  • Salesforce (San Francisco, Californie)
  • Pipedrive (New York, siège européen en Estonie, mais entité américaine)
  • Monday.com (Tel Aviv, coté au Nasdaq et soumis à la juridiction américaine)
  • Zoho (Indien, mais avec des serveurs aux États-Unis)
  • Microsoft Dynamics (Redmond, Washington)

Toutes ces entreprises peuvent légalement être contraintes de transmettre vos données sans vous en informer.

Ce qui est vraiment en jeu pour une PME

On entend souvent : “Mes données ne sont pas sensibles, personne ne va s’y intéresser.” C’est une erreur de raisonnement. Le Cloud Act n’est pas réservé aux affaires de terrorisme ou de crime organisé. Il peut s’appliquer dans des enquêtes commerciales, des litiges internationaux, ou des affaires de concurrence.

Dans votre CRM, il y a généralement :

  • Votre fichier clients complet avec leurs coordonnées et historique d’achats
  • Vos devis et contrats en cours
  • Vos notes de réunion avec les prospects
  • Les échanges emails synchronisés
  • Des données RH parfois (noms, salaires, évaluations)

Ce sont des données stratégiques. Leur transmission à une autorité étrangère, même sans suite judiciaire, constitue une violation de votre obligation de confidentialité vis-à-vis de vos clients.

La position de la CNIL

La Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés est claire sur le sujet depuis 2020 : l’utilisation d’outils soumis au Cloud Act crée un risque de transfert illicite de données personnelles vers les États-Unis, incompatible avec les exigences du RGPD.

Si vous stockez des données personnelles dans un CRM américain et que ces données font l’objet d’une demande Cloud Act, vous pouvez vous retrouver en situation de non-conformité RGPD sans avoir rien fait de mal. La responsabilité incombe au responsable de traitement, c’est-à-dire vous.

La solution : les CRM hors Cloud Act

La seule façon de s’extraire du périmètre du Cloud Act est d’utiliser un prestataire qui n’est ni américain ni filiale d’une entreprise américaine.

Les CRM français répondent à ce critère :

Sellsy est une entreprise française (La Rochelle), hébergée en France. Ses données ne sont pas soumises au Cloud Act et ses contrats sont régis par le droit français.

Axonaut est basé à Toulouse, hébergement en France, RGPD intégré dès la conception.

Karlia est basé à Toulouse, données hébergées en France, équipes françaises.

noCRM.io est une entreprise française avec des serveurs en Europe.

Brevo (ex-Sendinblue) est français, siège à Paris, infrastructure européenne.

Ces outils ne sont pas soumis au Cloud Act. Vos données clients n’ont aucune raison légale d’être transmises à une autorité étrangère.

Ce que ça ne résout pas

Soyons honnêtes : choisir un CRM français ne vous exonère pas de toutes vos obligations RGPD. Il reste des points à traiter :

  • Les consentements de collecte de données
  • Les durées de conservation
  • Le droit à l’effacement pour vos contacts
  • Les sous-traitants de vos CRM français (hébergeurs, outils d’email, etc.)

La souveraineté des données est une composante de la conformité RGPD, pas un substitut à une politique de protection complète.

Comment faire la transition ?

Si vous utilisez aujourd’hui un CRM américain et que ce sujet vous préoccupe, voici comment aborder la transition sans tout bloquer :

1. Auditez ce que vous avez. Avant de migrer, inventoriez vos données : combien de contacts, quelles intégrations, quels workflows actifs. C’est ce qui détermine le coût et la durée de migration.

2. Testez en parallèle. Tous les CRM français proposent un essai gratuit. Faites tourner les deux en parallèle sur 2 à 4 semaines avant de basculer.

3. Migrez progressivement. Ne cherchez pas à tout migrer d’un coup. Commencez par les contacts actifs et les deals en cours. Le reste peut attendre.

4. Accompagnez vos équipes. Le changement d’outil est souvent résistible. Impliquez les utilisateurs dans le choix et prévoyez une session de formation.

En résumé

Le Cloud Act n’est pas un risque théorique. C’est une réalité juridique qui affecte la plupart des CRM utilisés en France aujourd’hui. Pour une PME qui gère des données clients, il est légitime, et de plus en plus attendu par vos propres clients, de s’assurer que ces données restent sous juridiction française et européenne.

Passer à un CRM français ne demande pas de tout reconstruire. Dans la plupart des cas, la migration prend quelques jours et les outils couvrent les mêmes besoins.

Utilisez notre comparateur pour identifier la solution française la mieux adaptée à votre profil. Si vous avez des intégrations complexes ou un volume de données important, notre audit gratuit peut vous aider à cadrer la migration.

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Questions fréquentes

Le Cloud Act s'applique-t-il si mon CRM est hébergé en Europe ?
Oui. Le Cloud Act s'applique à toute entreprise américaine, indépendamment de la localisation physique des serveurs. HubSpot hébergé en Irlande, Salesforce hébergé en Allemagne : peu importe. L'entreprise mère est américaine, donc les données sont soumises au Cloud Act.
Quels CRM sont concernés par le Cloud Act ?
Tous les CRM dont la maison mère est américaine : HubSpot, Salesforce, Pipedrive, Monday.com, Microsoft Dynamics, Zoho (partiellement). Les CRM français (Sellsy, Axonaut, Karlia, noCRM.io, Brevo) ne sont pas soumis au Cloud Act.
La conformité RGPD protège-t-elle du Cloud Act ?
Non. Ce sont deux cadres juridiques différents. Un CRM peut être conforme au RGPD européen et rester soumis au Cloud Act américain. En cas de conflit entre les deux législations, le droit américain s'applique aux entreprises américaines.
Combien coûte la migration d'un CRM américain vers un CRM français ?
Entre 1 et 5 jours de travail selon le volume de données et la complexité des intégrations. Pour une TPE avec quelques centaines de contacts et pas d'automatisations complexes, comptez plutôt 1 à 2 jours. Notre équipe propose un audit gratuit pour estimer votre projet.
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